dimanche 8 janvier 2017

L'hôpital en hypertension

Alors que je réfléchissais à un prochain article et qu'en manque d'inspiration, j'allais poster mes impressions sur les équipements de running que ma femme m'a offerts pour les fêtes (oui je cours, je suis ridicule mais je suis urgentiste), c'est dire où j'en étais (essayer de gratter Garmin ou Asics), la grippe est à nouveau arrivée, quelle surprise.
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C'est la montre que ma femme m'a offerte, merci Garmin, oulala qu'elle est bien, c'est une foreruner 235 qui prend la fréquence cardiaque au poignet, c'est drôlement pratique


Du coup, bien évidemment je vais vous parler des urgences (et je ne deviendrais pas une star des blogs running). 
Comme je l'ai écrit à diverses reprises, le problème principal c'est l'aval.
Quand on a une épidémie de grippe (ça c'est pour les médias, en fait c'est une épidémie de personnes âgées avec une pneumopathie, ou une décompensation cardiaque et dont certains ont la grippe), le problème principal c'est de trouver une place (je l'ai raconté plein de fois).
Lorsqu'on est hôpital en tension, on commence à privilégier les entrées en urgences et diminuer au strict minimum les patients programmés. Au début cela concerne essentiellement la gériatrie puis ça s’étend aux services de médecine interne puis à tous les services de spécialité médicale.
Dans un hôpital comme le mien avec peu de lits d'hospitalisation par rapport au nombre d'entrées, on se retrouve au bout d'un certain temps à mendier des lits en chirurgie voire à imposer des "hébergements"; on met des patients en chirurgie mais ce sont des médecins qui vont s'en occuper (contrairement à la vision populaire, le chirurgien n'est pas omniscient et sorti du bloc..., mais c'est une autre histoire). Tout le monde est positivement ravi, les chirurgiens qui ne peuvent plus opérer, les médecins qui doivent multiplier les admissions puis les suivis dans tous les coins de l'hôpital et les infirmières qui s'occupent de patients dont elles n'ont pas l'habitude. L'objectif c'est de prendre tous les patients et de faire tourner l'hôpital au plus vite, c'est à dire renvoyer les patients soit chez eux, soit dans leur maison de retraite (solution plus facile), soit en soins de suite en attendant qu'ils puissent rentrer à la maison ou qu'on leur ait trouvé une place en maison de retraite, c'est pas facile puisqu’on a envoyé ceux de la semaine dernière et qu'il ne sont pas encore sortis.

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Ca ce sont mes Asics Nimbus 18, elles sont très bien aussi

Alors comment faites-vous dans ce cas me demanderas-tu cher lecteur, plein d'attention. 
Comme on est en région parisienne, on appelle nos collègues des nombreuses cliniques environnantes pour leur proposer nos patients et à la grande colère des médecins de notre hôpital, on leur propose nos plus beaux produits patients, ceux qui ne sont pas trop déments, pas trop dépendants (car ils demandent beaucoup de travail infirmier et ils en ont peu) et surtout ceux dont on pense que le retour à domicile évitera la case "soins de suite". Bon ben tout va bien alors ? Pas exactement parce qu'on n'est pas les seuls à faire ça, parce que tous nos petits amis urgentistes font la même chose au même moment  pour les quelques places disponibles (c'est la dure réalité). Vous me direz, ces hôpitaux sont petits et ils ne peuvent assurer toutes leurs hospitalisations et finalement le système n'est pas trop mal fait, répondant à la loi de l'offre et la demande. Pourquoi pas, même si au final cela se fait au détriment du patient qui est parfois envoyé loin de chez lui (là je suis un peu démago parce que loin pour certaines familles, c'est quelques km).
Ce qui est amusant, c'est que ces cliniques n'accueillent pas seulement les patients des hôpitaux de moyenne ou petite taille, il prennent aussi les patients des urgences des plus grands hôpitaux universitaires.
Mais, me diras-tu chez lecteur, quand même ces urgentistes de CHU, quel toupet. Ils ont plein de lits et leurs urgences ne sont pas beaucoup plus chargées que les autres (un peu quand même pour certaines). D'abord je me permets de te remercier car tu as lu les rapports d'activité des urgences d'Ile de France (c'est moi qui les coordonne) et tu as raison sauf que pour des raisons évidentes (certains services comme les unités de soins intensifs cardio, neuro ou de réanimation ne peuvent recevoir que des patients graves et garder leur places pour eux) et d'autres qui m'échappent (pas tant que ça mais je suis lâche et il me reste quelques années à travailler), il est visiblement plus difficile d'hospitaliser des patients dans des services universitaires qu'ailleurs et qu'au final les urgentistes de ces hôpitaux sont obligés de recourir la plupart du temps aux même bricolages que les autres. La conséquence c'est que sur le papier, on a suffisamment de lit mais qu'en pratique, seuls certains sont réellement disponibles pour les urgences.