dimanche 28 août 2016

L'aeronautique, les urgences et le sexe. Vous serez choqués !

 Autant vous le dire tout de suite, il n'y a pas de sexe. Désolé. (Je sais c'est honteux, mais lecteur fidèle, tu as remarqué que mes titres sont de plus en plus racoleurs).
L’aéronautique est souvent montrée en exemple dans nos métiers de santé, notamment les checks lists et certains urgentistes (qui se reconnaitront) l'érigent même comme modèle (ou alors c'est l'amour de l'uniforme et des films de gladiateurs qui  conduisent à ces extrémités). 
Dans cette industrie tout est prévu, parait-il, même les catastrophes. On vous en parle à chaque fois que vous prenez l'avion.


Tout ça c'est super, mais c'est ce qu'on appelle dans notre jargon à nous du "programmé". En règle générale, les gens qui montent en avion ont réservé à l'avance. Alors que se passe t-il quand ces compagnies sont confrontées à une crise ?
Partant cet été pour une destination lointaine, je me suis retrouvé confronté à une grève. Loin de moi l'idée de commenter cette grève à laquelle je n'ai rien compris de toutes façons mais cela m'a permis une réflexion sur une adaptation d'autres règles à notre métier. 
On nous a d'abord expliqué qu'ils étaient à la recherche de personnel pour le vol et qu'il fallait attendre. Cela veut dire qu'ils ne sont donc pas réquisitionnables ! Et surtout que visiblement rien n'était franchement préparé puisqu'on n'avait pas pu prévoir de remplaçants. Mais surtout, qu'il fallait un nombre maximum de passager par PNC (les hôtesses et steward)! C'est marrant mais la loi sur les urgences est moins claire (en fait aucun seuil n'est fixé, ni pour les infirmiers, ni pour les médecins).
Puis nous sommes montés dans l'avion. Enfin quand je dis nous, une partie d'entre nous; les clients fidèles, ceux qui avaient payé le plus cher ou alors on sait pas (et là tu te demandes comment j'ai fait : j'ai couché). Ca veut simplement dire qu'au bout de 5 heures d'attente, on peut dire à ceux dont estime qu'on ne pourra pas les prendre en charge, qu'on ne s'en occupera pas et pas sur des critères de besoin mais sur d'autres éléments. J'imagine, le jour où il manque un médecin ou une infirmière (pas pour grève, on peut pas) dans les urgences dire aux patients, après 5h dans la salle d'attente"il faut rentrer chez vous, peut être demain". Je vais me faire assassiner , quoique là les hotesses au sol n'en étaient pas loin.
Fais une pause, la comparaison n'est pas terminée.


A peine, installés dans l'avion, je remarquai grâce à mon sens clinique aiguisé une certaine inquiétude du personnel. Je m'enquis donc du problème et le steward me dit qu'effectivement ils allaient dépasser leur temps de travail et donc qu'il était possible que nous ne décollions pas. Je veux la même chose. Si un médecin dépasse son temps de travail quotidien, il a le droit d'arrêter et si personne ne peut le remplacer, on ferme. Ce que je ne comprenais pas, c'est pourquoi après tous les efforts de la compagnie pour trouver du personnel, on ne se précipitait pas pour décoller et je mettais ça sur un encombrement de la piste (comme quand il n'y a plus de place au scan). Quel naïf, je faisais. Allez un teaser.

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A l'arrivée, comme dans tous les aeroports du monde, nous nous sommes dirigés vers le tapis roulant où sont débarquées les valises et effectivement elles étaient livrées. Enfin pas toutes, plutôt très peu. Parce que en même temps que les passagers, la compagnie a débarqué les valises, ce qui expliquait l'attente au départ (et pas l'attente au scan) mais les valises de qui? Et là encore, je veux bien croire que ce soit difficile de faire le tri de valises pourtant nominatives (cher lecteur, ton nom est écrit sur l'étiquette du code barre) mais après ils avaient environ 12h pour prévenir les passagers (oui, c'est loin l'Amérique), pour prévenir le personnel à l'arrivée et même pour pré-remplir les fiches de pertes de bagages. A la place une longue queue (la quasi totalité des passagers, 150 personnes au jugé) de gens excédés, fatigués et dont certain repartaient quelques heures après. Quand je pense que chaque jour on se fait reprocher de ne pas donner d'information pendant parfois quelques heures, on s'aperçoit que ce n'est pas si facile. Bien entendu, ensuite il était impossible de joindre la compagnie pendant plusieurs jours et tout devait se faire par internet (et je te rassure lecteur, j'ai retrouvé mes caleçons). La prochaine fois qu'on me reproche de ne pas décrocher, je leur dit d'aller sur internet.
La leçon à tirer, c'est que finalement, les urgences en état de crise ne se débrouillent pas si mal et que la qualité c'est plus facile quand on a le temps pour la formation, la préparation, la réaction, l'argent et à froid. Alors certes, prenons exemple mais ne faisons pas de complexe non plus.
Pour finir, spéciale dédicace au steward qui m'a amené un expresso de la business au retour (et pourtant  j'étais avec ma femme).
Et pour les courageux qui sont allés au bout, un (tout) petit peu de sexe quand même.