dimanche 31 janvier 2016

I am a lonesome cowboy

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Déjà 3 mois sans publier. Bien sûr je suis une feignasse très occupé et j'ai été contraint de prendre tous les RTT et congés que mon hôpital m’octroie si généreusement (l'annonce est ). Mais les évènements de novembre m'ont également empêché d'écrire les posts que j'envisageais et qui auraient eu un goût douteux après les attentats. Il était difficile d'écrire sur les relations des urgences avec la police, les pompiers, le SAMU (ah, non ça je ne pouvais déjà pas). C'est d'autant plus difficile d'en rire quand on n'a pas participé aux secours, ce qui pour un urgentiste est étrangement frustrant.

Il y a également la difficulté d'écrire des trucs qu'on voudrait drôles sur un blog ouvert à tous, Internet ne brillant pas particulièrement pour sa compréhension du second degré et de l'humour, donc pas de post sur "les bienfaits financiers de l'alcool aux urgences" et autres "si la bêtise n'existait pas, on n'aurait pas autant de clients", sinon à se retrouver collé au mur par les milices des réseaux sociaux. Et comme l'a dit si gentiment un twittos à propos de ce blog "S'il soigne comme il écrit nous avons du mouron à nous faire ;-)))". Bon au moins, il me lit.
J'avais bien une idée sur l'utilisation de ces réseaux par les urgentistes mais voir que sur Facebook, la moitié de tes "amis" te renvoient des vidéos racistes et l'autre croie que Paulo Coelho est le plus grand penseur que la terre ait porté avec de jolies photos, c'est plus déprimant qu'amusant. Il y a bien sûr, sur twitter, mes amis @DocNikko qui t'envoie environ 453 liens par jour d’articles médicaux hyper intéressants que tu n'arrives jamais à ouvrir et @Dpdpv76 porte parole officieux du service de santé des armées mais ça ne fait pas une page à écrire.

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J'en étais là de mes ruminations anxieuses, lorsque la grâce m'a souri, Alléluia.
J'ai enfin exaucé le rêve secret de générations de médecins. On a appelé un docteur dans l'avion ! Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cela n'arrive pas si souvent, en tous cas pas à moi. La dernière fois remonte à plus de 10 ans, lors d'un voyage d'urgentistes vers l'empire du milieu. J'étais alors intervenu en équipe sur un malaise vagal alcoolique avec mon collègue le Dr B (maintenant urgentiste au Bresil) qui a relevé le patient en lui montrant qu'on pouvait tenir debout avec un taux d'alcoolémie encore plus élevé.

Résultat de recherche d'images pour "ivre en avion" 

J'étais donc tranquillement installé dans mon confortable siège de classe économique, en train de commander un traitement d’induction anesthésique (un apéritif quoi) pendant ce vol de nuit, lorsque la suave voix de l’hôtesse retentit "on demande un médecin". Et là mon sang n'a fait qu'un tour. Je me suis redressé, ait attrapé le pantalon du steward (oui, la guigne continue) et j'ai crié, moi ! moi ! 
Bon quand j'ai vu le patient, j'ai bien vite compris que s'il avait été aux urgences, il aurait attendu le double de la durée de ce vol transatlantique avant de voir un médecin, mais il semblait important au commandant de bord de savoir s'il fallait atterrir avant de traverser l’océan. Et là, il y a un truc. Comment demander à un type, même s'il a fait le serment d’Hippocrate, qui a déjà attendu son vol pendant plusieurs heures dans un aérogare où tout est fermé si il veut faire atterrir cet avion à quelques centaines de km du départ, au risque de se prendre un retard de plusieurs heures dans la vue? C'est donc un avis quelque peu biaisé que je donnais "méh non, y a pas de problème". Visiblement, je n'inspirais pas trop confiance, car après avoir réclamé ma carte du conseil de l'ordre (d'ailleurs qu'auraient-ils fait si je ne l'avait pas eu), le steward est revenu me demander ma spécialité de la part du commandant. J'ai caressé l'idée de répondre ana-path, mais il semble que plaisanter en avion alors qu'on survole la plus grande démocratie du monde peut amener à avoir des soucis. Je répondis donc que j'étais urgentiste, il me regarda avec admiration et couru transmettre la bonne nouvelle au pilote. Lui aussi savait que maintenant on est des spécialistes. Je me rasseyais donc, heureux d'avoir sauvé une vie et après le repas, m’endormais du sommeil du juste. 
C'est une hôtesse (ils avaient enfin compris) qui me réveilla d'un sommeil profond où je rêvais que j'étais en avion et que j’avais mal partout, en s'excusant longuement. Deux autres "malaises" avaient été gérés par l'équipage mais là, ils étaient embêtés car le troisième cas les dépassait. Elle me dit qu'ils étaient étonnés de la fréquence de malaises sur ce vol. Je l'étais moins, ayant bénéficié du repas au thème "Saveurs de la France d'antan : les nouilles de la cantine". Ce cas-là était plus ardu et on me proposa la trousse médecin. Les médicaments de cette trousse peuvent vous permettre de faire une réanimation complète et je pense que la prochaine fois que je m'ennuierais, je la demanderais, ça me changera du cahier avec les crayons que je pique à mes enfants. Il y a également un tensiomètre correct, un saturomètre mais le clou de cette trousse c'est le stéthoscope. D'ailleurs, je l'ai retrouvé sur internet.

Klein - 4383 - Jeu d'imitation - Mallette docteur avec accessoires, modèle moyen 

Après avoir sauvé de nouveau fois une vie (la gravité n'était qu'apparente mais plus démonstrative), je retournais me rasseoir sous les applaudissements des passagers (en fait tout le monde dormait). 
Je dois dire que le personnel a été aux petits soins pour moi, m'a remercié de nombreuses fois et m'a proposé de me rembourser le prix du vol et de m'offrir des places business pour le reste de ma vie à moi et ma famille (là lecteur, je plaisante tu l'as compris j'espère, mais il m'ont quand même compensé). Mais comme je ne suis jamais content, je pensais naïvement que le commandant viendrait personnellement me remercier, des larmes dans la voix. En fait, non. 
Que voulez-vous les héros sont solitaires. 

Et si vous avez lu ce post jusqu'ici, ne loupez pas le meilleur, la vidéo ci dessous.