vendredi 19 juin 2015

L'interim dans votre service d'urgence : une nouvelle experience (éprouvante)

Comme j'en avais déjà partagé quelques moments, la vie de chef de service n'est pas toujours facile. Il faut savoir jongler entre réunions, siestes réflexion stratégique et draguer encadrement des internes mais parfois il faut aussi s'assurer que chaque ligne de garde est assurée dans votre service.
Et là parfois ça coince.
Dans le cas de notre service, plusieurs médecins ont décidé de repeupler la France, programme ambitieux et respectable, certes, mais difficile à gérer quand tout le monde le fait au même moment. Ajoutons à cela l'urgentiste qui décide de se mettre simultanément à la voltige équestre et à la découverte de l'orthopédie, et là il devient impossible d'assurer l'accueil des patients sans recourir à ... L'interim.
L'interim, c'est un médecin qui vient donner un coup de main, moyennant une rétribution vertigineuse, travaillant auprès des autres médecins des urgences, payés normalement, eux.


Je n'y avais jamais recouru et j'avais quelques préventions dues à l'ignorance et aux préjugés, je croyais que ces médecins n’étaient pas forcément au niveau, ne s'impliquaient pas dans l'organisation et travaillaient à l'économie...mais c'était parce que je ne savais pas... jusqu'à avant-hier.
La direction ayant eu recours à une agence, on m'assure qu'un médecin plein d’expérience va venir nous aider pour 24h. Le cœur confiant, j'en profite pour commencer à préparer fignoler les derniers détails d'une réunion prévue depuis 3 mois, chez moi, pour ne pas être dérangé.
9.00 : je jette un coup d'oeil à mes mails. Ma secretaire m'avertit que le remplaçant aura un peu de retard car il est bloqué dans les transports. Bon, ça veut dire qu'il vient comme prévu.
9.30 : un SMS. C'est mon adjointe sortant de garde : "L’intérimaire m'a demandé si on gagnait plus ou moins de10000€ par mois en tant que titulaire. Au vu de ma réponse, il n'a pas trouvé ça interessant". Je suis rassuré; il est bien arrivé. Je peux me remettre à travailler .
12.00 : un des seniors présents m'appelle
-"excuse moi de te déranger, mais on a un petit problème"
-"oui ?"dis-je de ma voix suave mais la bouche déjà sèche.
-"l'interimaire a eu des problèmes avec la femme de ménage. Il a voulu voir un patient dans un box mais elle faisait le ménage"
-"oui ?"
-"Et comme elle lavait par terre, il l'a accusé de vouloir le tuer en le faisant glisser. Il l'a insultée, l'a poursuivie dans les couloirs et elle s'est enfermée dans la salle de repos"
-"Mais c'était peut être pour aller plus vite parce qu'il avait déjà beaucoup de patients"
-"C'est à dire qu'il a pas pris de transmission et que c'était le premier qu'il voyait car les internes géraient les autres".
-"Mais sinon, il s'est bien occupé du patient ?"
-"C'est à dire, que le patient avait un traumatisme thoracique et abdominal et il a demandé une radio de thorax et une échographie hépatique au radiologue"
-"bien"
-"oui mais la chef de service de radio lui a proposé de faire un body scanner" Là je m'interromps lecteur ignorant c'est un peu comme si tu réservais en éco et qu'on te surclassait en business."Et là il a pété un plomb, il lui a expliqué qu'il était PH depuis 10 ans et qu'on lui apprendrais pas la médecine. Il a dit qu'il n'avait jamais travaillé comme ça et qu'il ne verrait plus de patients"
-"Donc il s'en va ?"
-"Non, il a dit qu'il restait pour être payé, j'ai appelé la direction"
J'appelle donc moi même le DRH. Celui-ci m'indique que la femme de ménage, échappée de la salle de repos, sort de son bureau, juste un peu traumatisée et qu'il va descendre aux urgences, accompagné de la directrice des soins pour faire le point.
12.30 : Nouveau bilan de la situation. Le mercenaire est retranché dans les urgences et menace de rester si on ne lui paye pas l'intégrale de la garde.
12.40 : La directrice des soins, en femme de tête, a pris le commandement de la situation et a fait intervenir les vigiles pour l'expulser. A un rien, on appelait le GIGN.
12.45 : Il manque un médecin sur une ligne de garde.


Au final, certains de nos collègues attachés au service sont venus donner un coup de main qui a évité le naufrage. Aucun patient n'a subi de conséquences.
Et moi, je suis tellement content d'avoir essayé l'interim. On recommence bientôt, j'ai hâte.





Merci à PG pour avoir géré calmement la situation et avec lui à HS et GP pour avoir repris le travail du mercenaire. A JF et GC pour leur aide.