dimanche 14 février 2010

Nous avons présenté une étude à la société de réanimation de langue française qui montre bien l'impact d'une réorganisation, ici forcée par le passage dans une rocade (joli nom donné à un service provisoire) pendant la rénovation du service.

Le nombre de patients consultant dans les services d’accueil des urgences (SAU) augmente régulièrement en France ainsi que dans la plupart des pays industrialisés, conduisant à des temps d'attente et de passage accrus. Il semble que ce phénomène soit hors de contrôle malgré toutes les initiatives mises en place  pour en réguler la progression.  Notre SAU a reçu 54952 patients en 2006 avec une croissance de 6% par an les deux années précédentes.  En période de manque de personnel et de contrôle des dépenses accru, la seule solution pour le SAU est de trouver de nouveaux types d'organisation. Nous avons voulu évaluer l’impact de la mise en place d’un médecin régulateur sur les différents temps de séjour aux urgences.
Matériels et méthodes : Un système d'information dans notre SAU recueille en temps réel les différents temps de la consultation. Nous avons créé des indicateurs hebdomadaires et mensuels de qualité : durée de séjour, temps entre l'enregistrement et le triage, temps entre l'enregistrement et consultation, pourcentage des patients restant moins de 4 heures, pourcentage des patients restant moins de 6 heures. Outre la création du poste de MAAEC (médecin d’accueil accélérateur encadrement coordination), un zonage a été mis en application dans le SAU avec deux secteurs différents, un pour les patients graves (triage 1, 3), un pour les autres. Ce médecin senior doit régler n'importe quel problème non médical, répartir le personnel médical et paramédical en fonction du poids sur le service des différents types des patients, aider ses collègues pour les questions d'organisation (examens, demandes de lits, consultations de spécialistes), supporter les infirmières d’orientation, en coordination avec les cadres. Les résultats ont été exposés avec les plannings de personnel et commentés aux 3 transmissions quotidiennes en début de la semaine ou de mois par le chef de service.
Résultats : En 2006, la durée du séjour était en  moyenne de 5.30 heures avec plus de 49% de patients restant plus de 4 heures. En 2007, La fréquentation du SAU atteignait 59930 visites  (+9.1%) et 64582 (+7.8%) en 2008.
La durée du séjour totale moyenne a diminué à 3:35 heures en 2007 et a été stabilisée à 3:28 heures en 2008 avec 66% de patients restant moins de 4 heures. Les patients restant moins de pendant 6 heures avant la sortie ou l'hospitalisation étaient 70% en 2006, 82% en 2007 et 85% de 2008. Le nombre de patients présents en moyenne dans les urgences (salle d’attente incluse) a diminué avec en moyenne plus de 43,6 patients (42 =100% de la capacité du service) dans la tranche 14-15h en 2006 versus 42.7 en 2008, un maximum atteint dans la tranche 18-19h en 2006 à 49,5 patients présents contre 45,9 entre 16 et 17h en 2008. En 2006, le nombre de patients présents était inférieur à 42 entre 1h et 14 h du matin avec un minimum à 19,6 patients entre 7h et 8h, alors qu’en 2008, il est inférieur à 42 à partir de 20h, avec un minimum à 9,9 patients en moyenne entre 7et 8h du matin.
Discussion et conclusion : La création de ce poste de médecin avec une organisation en zones de gravité des urgences a eu un impact positif sur la durée de séjour aux urgences malgré l’augmentation importante du nombre de patients. Ceci a permis de ne pas augmenter la surcharge du service. Toutefois, cette organisation repose sur des médecines légitimes, dynamiques, fortement impliqués dans le fonctionnement du service.