dimanche 19 mars 2017

Monsieur le president je suis votre prochain conseiller

Ca y est je me lance. Moi aussi, je veux être conseiller du président ou au pire du ministre (mais du président, c'est plus classe et probablement plus rentable après). Certes, ceux qui me connaissent pensent que personne ne me prendra jamais comme conseiller vu ma grande g franchise mais moi je suis sûr que le prochain président sera un homme de valeur qui sait reconnaitre les vrais talents. [je ne parle pas de présidente car l'une n'a aucune chance et pour l'autre, malgré mon arrivisme et mon habitude des trucs dégueux des urgences, il y a des limites à la crapulerie].
Pour vous montrer l’intérêt des mes conseils, je prendrais, par hasard, les urgences. Alors Mr le futur Président, je vais vous brosser la situation des urgences selon le plan habituel : l'amont, les urgences, l'aval.

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L'entrée des urgences
Comme vos conseillers vous l'ont dit le problème des urgences c'est l'amont et la bobologie, et on va le régler facilement en mettant des maisons médicales comme c'est écrit dans votre programme (c'est écrit dans tous les programmes). Alors  Mr le président, je vous le dit: vos conseillers vous trompent. D'abord, il faut arrêter de prendre les patients pour des cons et penser que les gens vont aux urgences pour rien, c'est un peu méprisant, d'autant plus qu'on ne fait rien ou pas grand chose pour leur dire qu'il ne faut pas y aller (et d'ailleurs si ils ne viennent que pour des bobos, il n'y a aucune raison d'aller chez le médecin non plus). D'abord dans maison médicale, il y a médical et comme vous l'avez noté, des médecins il n'y en n'a pas des masses. D'autre part, si vous lisez un peu la presse étrangère (et je suis sûr que vous le faites quotidiennement), vous savez que ce problème d'urgences débordantes de patients existe aux US, au Royaume Uni et en France alors que les systèmes de soins et de premier recours sont très différents. Alors, il va falloir sortir des sentiers battus et comprendre la demande des patients (un médecin ET un plateau technique) ou expliquer à tout le monde que le recours au médecin est limité (mais je vous comprends Mr le Futur président, c'est pas très vendeur comme slogan).

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Ensuite, on vous a probablement dit à quel point les services d'urgences sont désorganisés et c'est souvent vrai (amis urgentistes, vous pouvez m'insulter). Mais souvent,ces services n'ont pas été créés pour recevoir le nombre de patients qu'ils accueillent et je suis frappé de voir qu'à chaque fois qu'on inaugure un service d'urgence il est déjà sous-dimensionné. Un service d'urgence n'est rien sans le plateau technique dont les urgences désorganisent l'activité réglée. Et cette désorganisation va en retour impacter les urgences.
Un service d'urgence n'est rien sans personnel. Or ce personnel est difficile à trouver. D'abord car les conditions de travail y sont difficiles et que la concurrence salariale pour les médecins est forte, notamment parce qu'il est facile de trouver mieux payé et moins exigeant en temps de travail et en nuit et week-ends, par exemple dans les services de l'état. Et pour ceux qui veulent continuer aux urgences, l'interim se développe fortement et si on en croit le marché auquel on ne peut pas échapper, du moins avant le grand soir (je ratisse large), le prix de 24h aux urgences est de l'ordre de 1200€ nets (avec 200€ en plus de frais de déplacement), ce qui place le prix de l'urgentiste largement au dessus de sa paie de fin de mois en hôpital public. Chez les infirmières, on observe un turn-over rapide car outre les conditions de travail difficiles et une paie qu'on peu qualifier de faible, il n'existe pas d'évolution possible à part devenir cadre, ce qui n’intéresse pas tout le monde; Alors Mr le futur président, il faudra être créatif et permettre enfin d'avoir des pratiques avancées rémunérées (c'est à dire avec des euros) et reconnues car sinon il est probable que plus d'urgences fermeront (et là, les urgences à moins de 30mn...)
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Le service porte du XXIème siecle ?
Comme vous le savez surement, l'aval des urgences est un problème également. Il faut pouvoir trouver la place pour nos patients, surtout les plus âgés. Or c'est difficile et pour le commun des mortels (parce que pour nous professionnels de santé ou employés au ministère c'est plus facile), ça veut dire une attente de lit aux urgences qui peut durer plusieurs jours. Mais une partie de ces patients agés n'ont pas besoin d'être hospitalisés, sauf que leur condition ne leur permet pas de rentrer à la maison et aller en soins de suite après les urgences, c'est compliqué (surtout le WE, je me demande bien pourquoi). Le virage ambulatoire, ce n'est pas pour la plupart de nos patients et il va bien falloir le prendre en compte dans les programmations hospitalières, d'autant plus que ces personnes sont celles qui consomment le plus d'aide soignants. De nombreux logiciels de prédiction existent pour la bourse, la météo et même pour l'activité hospitalière dont certains ont déjà été mis en oeuvre. Il faut s'en servir or les systèmes informatiques des hôpitaux sont très XXeme siecle et sont loin des performances qu'on attend ne serait-ce que de votre smartphone.
Bien sûr Mr le président, mon expertise s'étend à tout le système de santé et je peux avoir un avis sur tout si vous m'embauchez (et wikipedia c'est pas fait pour les chiens).
Je vous prie Mr le Président, d’agréer mes sentiments les plus respectueux.
Dr M Wargon, MD, PhD, 1ere étoile, finisher des 7 km de Bry sur Marne





dimanche 8 janvier 2017

L'hôpital en hypertension

Alors que je réfléchissais à un prochain article et qu'en manque d'inspiration, j'allais poster mes impressions sur les équipements de running que ma femme m'a offerts pour les fêtes (oui je cours, je suis ridicule mais je suis urgentiste), c'est dire où j'en étais (essayer de gratter Garmin ou Asics), la grippe est à nouveau arrivée, quelle surprise.
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C'est la montre que ma femme m'a offerte, merci Garmin, oulala qu'elle est bien, c'est une foreruner 235 qui prend la fréquence cardiaque au poignet, c'est drôlement pratique


Du coup, bien évidemment je vais vous parler des urgences (et je ne deviendrais pas une star des blogs running). 
Comme je l'ai écrit à diverses reprises, le problème principal c'est l'aval.
Quand on a une épidémie de grippe (ça c'est pour les médias, en fait c'est une épidémie de personnes âgées avec une pneumopathie, ou une décompensation cardiaque et dont certains ont la grippe), le problème principal c'est de trouver une place (je l'ai raconté plein de fois).
Lorsqu'on est hôpital en tension, on commence à privilégier les entrées en urgences et diminuer au strict minimum les patients programmés. Au début cela concerne essentiellement la gériatrie puis ça s’étend aux services de médecine interne puis à tous les services de spécialité médicale.
Dans un hôpital comme le mien avec peu de lits d'hospitalisation par rapport au nombre d'entrées, on se retrouve au bout d'un certain temps à mendier des lits en chirurgie voire à imposer des "hébergements"; on met des patients en chirurgie mais ce sont des médecins qui vont s'en occuper (contrairement à la vision populaire, le chirurgien n'est pas omniscient et sorti du bloc..., mais c'est une autre histoire). Tout le monde est positivement ravi, les chirurgiens qui ne peuvent plus opérer, les médecins qui doivent multiplier les admissions puis les suivis dans tous les coins de l'hôpital et les infirmières qui s'occupent de patients dont elles n'ont pas l'habitude. L'objectif c'est de prendre tous les patients et de faire tourner l'hôpital au plus vite, c'est à dire renvoyer les patients soit chez eux, soit dans leur maison de retraite (solution plus facile), soit en soins de suite en attendant qu'ils puissent rentrer à la maison ou qu'on leur ait trouvé une place en maison de retraite, c'est pas facile puisqu’on a envoyé ceux de la semaine dernière et qu'il ne sont pas encore sortis.

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Ca ce sont mes Asics Nimbus 18, elles sont très bien aussi

Alors comment faites-vous dans ce cas me demanderas-tu cher lecteur, plein d'attention. 
Comme on est en région parisienne, on appelle nos collègues des nombreuses cliniques environnantes pour leur proposer nos patients et à la grande colère des médecins de notre hôpital, on leur propose nos plus beaux produits patients, ceux qui ne sont pas trop déments, pas trop dépendants (car ils demandent beaucoup de travail infirmier et ils en ont peu) et surtout ceux dont on pense que le retour à domicile évitera la case "soins de suite". Bon ben tout va bien alors ? Pas exactement parce qu'on n'est pas les seuls à faire ça, parce que tous nos petits amis urgentistes font la même chose au même moment  pour les quelques places disponibles (c'est la dure réalité). Vous me direz, ces hôpitaux sont petits et ils ne peuvent assurer toutes leurs hospitalisations et finalement le système n'est pas trop mal fait, répondant à la loi de l'offre et la demande. Pourquoi pas, même si au final cela se fait au détriment du patient qui est parfois envoyé loin de chez lui (là je suis un peu démago parce que loin pour certaines familles, c'est quelques km).
Ce qui est amusant, c'est que ces cliniques n'accueillent pas seulement les patients des hôpitaux de moyenne ou petite taille, il prennent aussi les patients des urgences des plus grands hôpitaux universitaires.
Mais, me diras-tu chez lecteur, quand même ces urgentistes de CHU, quel toupet. Ils ont plein de lits et leurs urgences ne sont pas beaucoup plus chargées que les autres (un peu quand même pour certaines). D'abord je me permets de te remercier car tu as lu les rapports d'activité des urgences d'Ile de France (c'est moi qui les coordonne) et tu as raison sauf que pour des raisons évidentes (certains services comme les unités de soins intensifs cardio, neuro ou de réanimation ne peuvent recevoir que des patients graves et garder leur places pour eux) et d'autres qui m'échappent (pas tant que ça mais je suis lâche et il me reste quelques années à travailler), il est visiblement plus difficile d'hospitaliser des patients dans des services universitaires qu'ailleurs et qu'au final les urgentistes de ces hôpitaux sont obligés de recourir la plupart du temps aux même bricolages que les autres. La conséquence c'est que sur le papier, on a suffisamment de lit mais qu'en pratique, seuls certains sont réellement disponibles pour les urgences.








dimanche 18 décembre 2016

Sky is the limit

Ami lecteur, mortifié que ce blog ne figure sur aucune des listes de blog médicaux les plus influents et qu'aucun éditeur ne m'ait encore proposer de le publier malgré ses qualités stylistiques indéniables, j'ai décidé d'arrêter les petites blagues et de revenir aux fondamentaux, les statistiques. Ou plutôt l'absence de statistique.
Alors que depuis des années, je m'échine à étudier le indicateurs des urgences et à essayer de me rendre intéressant en l'expliquant sur ce blog, je me suis récemment rendu compte que le plus important m'avait échappé.
Un indice chez vous.

 

C'est à l'occasion d'une présentation sur la gestion de crise, par une représentante d'une ARS expliquant que la fermeture des urgences n'était pas une option que j'ai vu la vérité m'apparaitre.
Il n'existe pas de capacité maximale définie des urgences. Ni en lits, brancards, fauteuils, chaises, places assis par terre, ni en personnel. Les services d'aval peuvent être complets si tous les lits sont occupés, les blocs peuvent être pleins, les cabinets de ville peuvent fermer ou arrêter de prendre des patients lorsque tous les créneaux sont pris. S'il manque du personnel, on peut fermer des lits, si les médecins sont malades ou en vacances, on peut fermer des cabinets.
Et cela ne se limite pas au système de santé, les restaurants ont un nombre de places limité, les avions également (j'en avais parlé ), même les grands magasin ou les supermarchés suivent des règles de sécurité alors qu'à priori c'est plutôt self service et qu'ils ont intérêt à avoir un maximum de clients.
Les urgences sont un lieu magique où tout peut rentrer comme le sac d'Hermione dans Harry Potter (oui, je sais celle là je vais la chercher loin mais je n'avais pas d'autre idée).
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Tout ce qu'ont sait, c'est que parfois elle sont débordées, en crise, et alors l'hôpital est en tension. A ma remarque sur cette anomalie, un de mes collègues, versé dans l'alerte hospitalière m'avait fait remarquer qu'effectivement il faudrait définir cette limite mais qu'on ne pouvait la dire atteinte tant que l'hôpital n'avait pas fait tout ce qu'il pouvait pour régler les problèmes de place qui occasionnaient ces problématiques oxyologiques.
Certes, mais ça c'est quand on habite chez Disney (je lui ai pas répondu ça, parce qu'il est très sympathique et qu'en plus j'avais déjà fait un scandale l'année précédente). Parce qu'en pratique, ça veut dire que tu vas bosser dans le bordel désordre, tant que tes collègues des étages ne se sont pas sortis les démenés pour faire de la place, et que eux aussi ont des problèmes d'infirmière ou de temps médical.
Une autre de ces conséquences de tu t'arrêtes jamais, c'est que le service vit en tension permanente quant à son personnel, souvent en effectif déjà insuffisant. Et quand une infirmière ou un médecin (je laisse ça exprès pour me faire accuser de sexisme) est malade ou enceinte, tu fais reposer sur ses épaules une pression intense car s'il ou elle est absent (désolé c'est la grammaire), c'est un collègue qui devra faire le boulot au dernier moment, prenant sur ses heures de repos ou de vie familiale (c'est de sa faute, il avait qu'à bosser dans un bureau). Mais cher lecteur, tu me diras, et l'interim ? Alors déjà l'interim au dernier moment c'est pas facile et pour les infirmières tu risque de te retrouver avec une infirmière qui ne fait pas d'urgences (c'est assez ballot), quant aux médecins, non seulement c'est cher, difficile à trouver en quelques heures, mais tu peux te retrouver avec un collègue compétent comme ne pas te retrouver avec un collègue compétent (j'en avais parlé ici).
J'avais il y a quelque temps gagné une célébrité wharolienne auprès des directeurs du plus grand CHU de France  (je ne peux pas dire le nom sous peine de représailles mais ça finit par "de Paris") en publiant ça, un témoignage poignant et plein d'empathie sur le délestage de urgences, parce que ça ne se fait pas, mais en accord avec mon propre directeur, j'avais jugé que les patients et le personnel étaient en danger.
Y a t-il une solution à court terme ? Certains syndicats ont publié des propositions de nombre de personnel par passage mais sinon, ben non. Le nombre est défini pour la réanimation par exemple mais pas aux urgences. Mais il est évident que si on devait fermer des urgences (comme on le fait des lits de réa) parce qu'il n'y a pas de personnel, cela poserait un petit problème de permanence des soins.
Alors en attendant, on n'a pas fini d'entendre parler de l'attente aux urgences, de burn-out ou d'erreurs médicales.


dimanche 2 octobre 2016

Chers confrères généralistes...


Chers confrères, je le dit d'emblée, ce post ne sera pas agressif, insultant, anti confraternel, ni même condescendant ou autre. D'abord, parce que, de principe je respecte mes correspondants médecins de ville et puis parce que j'ai pas envie de me faire clouer au pilori au conseil départemental de l'ordre, à l'ARS, ou par ma direction etc, etc, par un confrère bienpensant (j'ai déjà suffisamment de patients qui le font).
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Il s'agit donc d'un helicobacter pylori
Mais à la lecture d'internet et notamment des réseaux sociaux, il semble y avoir un malentendu sur les urgences et la médecine générale.
Vous me direz pourquoi lis-tu les reseaux sociaux où n'importe qui peut dire n'importe quoi sans légitimité (sans savoir d'où ils parlent comme disent les gens intelligents), autant se flageller avec des orties. D'abord, vous ne savez pas si j'aime me flageller avec des orties et quand je le fais c'est en lisant les réseaux sociaux. Mais je reviens à mon malentendu concernant la médecine d'urgence et la médecine générale, malentendu qu'on entends parfois jusque dans de plus hautes sphères.
Les urgences voleraient les patients de médecine générale, ne réorienterait pas les patients vers l'ambulatoire et les directions pousseraient à attirer et garder ces patients de faible gravité pour des raisons financières.
Je ne reviendrais pas sur les raisons qui poussent les patients à venir consulter aux urgences pour des pathologies ne nécessitant pas une prise ne charge en urgence, je l'ai fait de nombreuses fois et de multiples études sont disponibles sur le net (et j'ai la flemme de mettre des liens).
Je vais parler plutôt de la vision de ces urgences "non urgentes" du point de vue des urgences (vu que c'est ce que je connais).
D'abord reglons tout de suite le problème de l'attraction des urgences. Personne n'est devant l'hôpital pour racoler le client, ni les docteurs, ni le directeur.
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Ceci n'est pas le self de l'hôpital
Mais surtout, il faut savoir que l'urgentiste a fait des urgences parce qu'il regardait Urgences.  Pour un urgentiste , les urgences c'est le déchocage avec des patients très graves, qu'il faut rattraper par les cheveux, c'est éviter qu'un patient encore stable s'aggrave, c'est faire des diagnostics urgents ou éventuellement éliminer des diagnostics graves. Il est donc très difficile de motiver ses équipes (infirmières comprises) pour examiner des patients qui se présentent aux urgences, parfois avec d'excellentes raisons, mais qui n'ont pas besoin de tous les joujoux que nous avons aux urgences (et non, on ne fait pas d'échographie à tout le monde). Surtout quand vous gérez d'autres patients plus instables, en même temps. C'est une des raisons pour lesquelles il devient difficile d'embaucher. Nous recevons beaucoup de patients aux urgences (et dont seulement environ 15 à 20% maximum et pas 50 à 80% comme certains dont la dernière garde aux urgences remonte à Giscard ou Mitterand le croient sont cotés à l'arrivée comme ne nécessitant probablement pas de geste clinique ou diagnostique). Cela nous oblige à avoir une organisation très consommatrice de personnel, que nous ne trouvons plus ou avec difficultés.
Il est notable de constater que dans de nombreux pays, ce sont des infirmières formées qui voient ces patients (comme j'en parlais dans mon excellent post précédent : Quand y en a plus, ben y en a peut être encore ). C'est peut-être aussi une des raisons pour lesquels les jeunes urgentistes plébiscitent les SMUR voire la réanimation et rejettent le travail dans les urgences des hôpitaux.
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Alors j'entends déjà, le chœur de ceux qui disent, mais pourquoi ne le renvoyez vous pas dès l'accueil? C'est ce que toutes les infirmières et médecins des urgences voudraient faire. Mais il y a d'abord un problème de responsabilité. Qui va prendre la décision et assumer le risque médico-légal d'envoyer quelqu'un à la maison médicale de garde, au cabinet voire au diable et vers qui la famille du patient va se retourner en cas de problème ? Il faut donc interroger le patient et même souvent l'examiner et, surprise, ça s'appelle une consultation. Or une consultation est un acte médical qui mérite une rémunération quelque soit le statut du médecin (et nous savons bien que le médecin hospitalier, bien qu'à 35h, 245 RTT et 27 semaines de congés payés est quand même rémunéré). Alors certes l'hôpital est content de gagner de l'argent de combler son gigantesque trou avec une pelle d'enfant, mais ce n'est pas le directeur qui est à l'accueil.
Se pose d'ailleurs, le problème du patient à qui nous avons initié un traitement et qui revient pour le prolonger. D'abord, je le dis, je suis nul en suivi de patients (c'est pour ça que je fais des urgences, je ne supporte que les ivresses comme patients récurrents) et pour le patient ce n'est pas une bonne solution de suivi. Mais quand je lis partout sur ces mêmes réseaux sociaux que des médecins refusent de prendre des nouveaux patients, faut bien que quelqu'un les voit et nous le faisons parce qu'ils n'ont pas d'autre solution (et par exemple, je me débrouille assez bien dans l'acidocetose diabétique chez le patient BPCO, alors que je suis nul pour adapter des doses d'insuline à retardement retard).
Se pose d'ailleurs un autre problème, ce patient, à part au diable, on l'envoie où ? à la maison médicale, si elle est ouverte et si elle accepte encore des patients, au cabinet ? Mais auquel ?
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En pratique, chers confrère médecin généralistes, non nous ne faisons pas le même métier (comme nous le rappellent très fréquemment les professeurs de médecine générale lorsqu'ils nous suppriment des internes ou nous empêchent d'encadrer des thèses) et nous voyons ces patients car nous ne pouvons faire autrement.
Par ailleurs, je le répète mais je l'ai écrit dans de nombreux posts et la littérature le montre, ce ne sont pas ces patients qui encombrent les urgences mais ceux dont la prise en charge est longue, nécessite de nombreux examens complémentaires et un lit qui souvent n'existe pas.
Alors, chers confrères médecins généralistes, j'espère que vous avez bien compris que non, nous ne cherchons pas à vous prendre les patients de médecins générale, ni à en faire. Et quand un urgentiste vous parle d'aménagement de votre cabinet, ça vous agace, pensez-donc à mon état quand de nombreux généralistes glosent sur les urgences.




dimanche 18 septembre 2016

Quand y en a plus, ben y en a peut être encore


Régulièrement les difficultés des urgences reviennent sur le tapis.
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Je sais, c'est lamentable mais j'ai pas pu m’empêcher
Les plus avisés, enfin ceux qui lisent ce blog savent que la situation est complexe, les problèmes des urgences reflétant les problèmes du système de santé en amont et en aval de ces services. Bien sûr, beaucoup évoquent des solutions. Une de celles la plus répandue est de renvoyer les patients vers la médecine de ville. Pourquoi pas, sauf qu'il semble que les médecins de ville sont débordés, voire en voie de disparition laissant derrière eux un désert médical où le vent souffle devant lui des buissons avec Clint Eastwood mâchonnant son cigare
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En attendant que d'autres aient l'idée miracle que ni les américains, ni les anglais, ni les australiens, ni les italiens, ni tous ceux qui ont des urgences surchargées n'ont eu, les patients viennent aux urgences reçus par des médecins urgentistes. Mais pour combien de temps ?
Parce que cher lecteur, y a un truc que tu ne sais pas (sauf si tu es urgentiste), c'est que l'urgentiste est une denrée rare.On croit que grâce aux 39 heures, on en trouve plein, partout. Bah en fait non.  Il devient difficile de trouver des gens pour faire des gardes et travailler le dimanche alors qu'on leur propose des boulots au même prix voire mieux payés qui vont préserver leur qualité de vie. Et je ne suis pas certain que la création de la spécialité (dont je me réjouis) suffise à palier ce manque de ressource.
Et j'entends déjà tous ceux qui ont bossé comme interne aux urgences aux siècle dernier, nous raconter qu'ils faisaient des gardes et qu'ils sont pas mort : 1: ils en font plus 2 : les gardes sont devenues très difficiles avec un rythme à peine moins soutenu que le jour 3 : On explique aux patients que c'est un du et le manque de reconnaissance du travail fait n'incite bizarrement pas les jeunes à continuer à se pourrir la vie 4 etc, etc.

 

 
Alors tout est perdu ? Peut être pas et c'est à ce moment que que je vais déchainer contre moi tous les corporatismes. Alors ce qui suit n'est pas pour les âmes sensibles.


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En fait dans les services d'urgence, il existe des gens qui aiment les urgences, pas plus bêtes que les médecins (c'est pas toujours un exploit, en tous cas c'est ce que pensent mes collègues en m'écoutant au staff), à qui on offre peu de perspective et qui pourraient aider efficacement à la prise en charge des patients. Ce sont les (tada) infirmières. Vous me direz, elles sont déjà là. Oui certes. Mais rien n'empêche d'en former certaines à effectuer des tâches actuellement dévolues aux médecins (bien évidemment sous leur responsabilité). Et je ne parle pas d'intubation par des infirmiers anesthésistes, je parle de voir des patients de faible gravité, de faire des sutures, des plâtres (ça existait avant mais on les a supprimé pour faire de la qualité ...). Ca existe dans des tas d'autres pays (je ne suis pas spécialiste mais la fiche wikipedia est ) dont les Etats-Unis pas spécialement réputés pour être cools au niveau médico légal. Et pourquoi ces métiers (nurse practitionner, physician assistant) ont été créés ? Par manque de personnels et par volonté de faire des économies. Étonnant non ?
Petit avertissement pour les mal comprenant : ce post a été écrit dans le cadre d'une réflexion constante et scientifique sur l'organisation des urgences. Il n'engage que son auteur (moi, Dr Mathias Wargon) et aucune des organisations dont il fait partie ou pour laquelle il est expert. Elle est bien cette phrase, non?  Dommage, qu'il faille l'ajouter.


dimanche 28 août 2016

L'aeronautique, les urgences et le sexe. Vous serez choqués !

 Autant vous le dire tout de suite, il n'y a pas de sexe. Désolé. (Je sais c'est honteux, mais lecteur fidèle, tu as remarqué que mes titres sont de plus en plus racoleurs).
L’aéronautique est souvent montrée en exemple dans nos métiers de santé, notamment les checks lists et certains urgentistes (qui se reconnaitront) l'érigent même comme modèle (ou alors c'est l'amour de l'uniforme et des films de gladiateurs qui  conduisent à ces extrémités). 
Dans cette industrie tout est prévu, parait-il, même les catastrophes. On vous en parle à chaque fois que vous prenez l'avion.


Tout ça c'est super, mais c'est ce qu'on appelle dans notre jargon à nous du "programmé". En règle générale, les gens qui montent en avion ont réservé à l'avance. Alors que se passe t-il quand ces compagnies sont confrontées à une crise ?
Partant cet été pour une destination lointaine, je me suis retrouvé confronté à une grève. Loin de moi l'idée de commenter cette grève à laquelle je n'ai rien compris de toutes façons mais cela m'a permis une réflexion sur une adaptation d'autres règles à notre métier. 
On nous a d'abord expliqué qu'ils étaient à la recherche de personnel pour le vol et qu'il fallait attendre. Cela veut dire qu'ils ne sont donc pas réquisitionnables ! Et surtout que visiblement rien n'était franchement préparé puisqu'on n'avait pas pu prévoir de remplaçants. Mais surtout, qu'il fallait un nombre maximum de passager par PNC (les hôtesses et steward)! C'est marrant mais la loi sur les urgences est moins claire (en fait aucun seuil n'est fixé, ni pour les infirmiers, ni pour les médecins).
Puis nous sommes montés dans l'avion. Enfin quand je dis nous, une partie d'entre nous; les clients fidèles, ceux qui avaient payé le plus cher ou alors on sait pas (et là tu te demandes comment j'ai fait : j'ai couché). Ca veut simplement dire qu'au bout de 5 heures d'attente, on peut dire à ceux dont estime qu'on ne pourra pas les prendre en charge, qu'on ne s'en occupera pas et pas sur des critères de besoin mais sur d'autres éléments. J'imagine, le jour où il manque un médecin ou une infirmière (pas pour grève, on peut pas) dans les urgences dire aux patients, après 5h dans la salle d'attente"il faut rentrer chez vous, peut être demain". Je vais me faire assassiner , quoique là les hotesses au sol n'en étaient pas loin.
Fais une pause, la comparaison n'est pas terminée.


A peine, installés dans l'avion, je remarquai grâce à mon sens clinique aiguisé une certaine inquiétude du personnel. Je m'enquis donc du problème et le steward me dit qu'effectivement ils allaient dépasser leur temps de travail et donc qu'il était possible que nous ne décollions pas. Je veux la même chose. Si un médecin dépasse son temps de travail quotidien, il a le droit d'arrêter et si personne ne peut le remplacer, on ferme. Ce que je ne comprenais pas, c'est pourquoi après tous les efforts de la compagnie pour trouver du personnel, on ne se précipitait pas pour décoller et je mettais ça sur un encombrement de la piste (comme quand il n'y a plus de place au scan). Quel naïf, je faisais. Allez un teaser.

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A l'arrivée, comme dans tous les aeroports du monde, nous nous sommes dirigés vers le tapis roulant où sont débarquées les valises et effectivement elles étaient livrées. Enfin pas toutes, plutôt très peu. Parce que en même temps que les passagers, la compagnie a débarqué les valises, ce qui expliquait l'attente au départ (et pas l'attente au scan) mais les valises de qui? Et là encore, je veux bien croire que ce soit difficile de faire le tri de valises pourtant nominatives (cher lecteur, ton nom est écrit sur l'étiquette du code barre) mais après ils avaient environ 12h pour prévenir les passagers (oui, c'est loin l'Amérique), pour prévenir le personnel à l'arrivée et même pour pré-remplir les fiches de pertes de bagages. A la place une longue queue (la quasi totalité des passagers, 150 personnes au jugé) de gens excédés, fatigués et dont certain repartaient quelques heures après. Quand je pense que chaque jour on se fait reprocher de ne pas donner d'information pendant parfois quelques heures, on s'aperçoit que ce n'est pas si facile. Bien entendu, ensuite il était impossible de joindre la compagnie pendant plusieurs jours et tout devait se faire par internet (et je te rassure lecteur, j'ai retrouvé mes caleçons). La prochaine fois qu'on me reproche de ne pas décrocher, je leur dit d'aller sur internet.
La leçon à tirer, c'est que finalement, les urgences en état de crise ne se débrouillent pas si mal et que la qualité c'est plus facile quand on a le temps pour la formation, la préparation, la réaction, l'argent et à froid. Alors certes, prenons exemple mais ne faisons pas de complexe non plus.
Pour finir, spéciale dédicace au steward qui m'a amené un expresso de la business au retour (et pourtant  j'étais avec ma femme).
Et pour les courageux qui sont allés au bout, un (tout) petit peu de sexe quand même.